Innovation : Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois !

D’aucuns récemment s’enorgueillissent de voir les PME bretonnes, leaders de l’innovation en France, quand on sait que la France, selon l’étude Insead et OMPI*, ne se classe qu’au 24e rang et est en recul de deux points depuis 2010, y a-t-il là vraiment de quoi se réjouir ? L’Europe serait-elle sur le déclin, pas vraiment, sept pays de l’Europe du Nord et de l’Ouest se placent au sein des dix premières places, avec la Suisse, la Suède, le Danemark et la Finlande en pole positions. Quant aux exportations, la France n’est classée qu’au 107e rang et au 101e rang pour les investissements directs étrangers.

Qu’est qui distinguent en Europe, les premiers ?

Pour l’Europe du Nord et la Suisse, le rapport souligne la cohérence indéfectible de leurs institutions, la qualité de ses experts d’entreprise, le haut niveau d’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la communication, la sophistication de ses approches marchés, la créativité, les liens étroits entre recherche académique et entreprises dans une économie ouverte. En France et particulièrement en Bretagne, le mot innovation était jusqu’alors la plupart du temps synonyme de technicité, de recherche, de produits nouveaux. C’est magnifique mais insuffisant car une invention qui ne rencontre pas un marché, n’est-elle pas vouée à l’échec ? Ne faudrait-il pas intégrer ce qui fait la réussite de l’Europe du Nord, et donc penser autrement ? Un marketing stratégique, la créativité et l’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la communication sont trois des ressorts importants qui positionnent l’Europe du nord en tête de liste. Depuis la 8e étude** mondiale sur les consommateurs, effectuée par Accenture, il est désormais connu que les leviers traditionnels d’engagement ont perdu de leur pertinence. « Il ne suffit plus de cultiver la connaissance du produit pour susciter l’achat et la loyauté ». Le consommateur exige désormais de la gratitude, de la consistance, de l’honnêteté. Il aime également interagir sur différents canaux avec les marques qu’il choisit. Il utilise aujourd’hui en moyenne cinq à six canaux pour rechercher et sélectionner un fournisseur. Toute la difficulté pour les marques est donc de consolider la loyauté du consommateur devenu « nonstop ». Cette nouvelle donne passe par une réflexion stratégique des services marketing qui doivent se réinventer continuellement. Le mix média sur un mode multicanal qui intègre textes, images, vidéos, réseaux sociaux, l’usage des langues, les commentaires… est certes une approche effective, mais l’amateurisme n’a plus sa place dans un monde où désormais le consommateur attend un traitement de faveur personnalisé. Il convient plus que jamais d’analyser ses cibles et proposer les réponses dynamiques appropriées pour se différencier auprès d’un consommateur qui semble plus accessible alors qu’il est en fait plus volage.

Sources

-*The Global Innovation Index 2012: Stronger Innovation Linkages for GlobalGrowth

Daniela benavente and soumitra dutta, insead elab sacha wunsch-vincent, wipo Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) Les auteurs ont pris en compte 84 critères pour 141 pays représentant 94,9% de la population et 99,4% du PIB mondial.

-**Accenture Global Consumer est une étude qui a été publiée en décembre et réalisée auprès de 12 000 individus dans 32 pays du globe et concernant 10 industries différentes. Elle met en avant les nouvelles attentes des acheteurs connectés et modernes.

Les industriels chinois victimes des bas prix occidentaux ?

usine

Le chinois Beingmate (贝因美), industriel spécialisé dans la fabrication de lait en poudre pour nourrissons, a développé avec la province du Heilongjiang (Nord Est de la Chine) un projet pour stimuler ses approvisionnements en lait frais.
Patatras!, ce projet risque de tomber à l’eau. En effet, alors que l’on estime à 34 000 Yuans (4 200€) la tonne de lait produit localement, le lait en poudre en provenance de Nouvelle Zélande se négociait à 24 000 (2 900€) Yuans la tonne au mois d’août dernier.

Un coup dur pour le mythe du pays de la fabrication à bas coût.

On voit ici que l’on peut concurrencer la Chine sur son propre terrain avec ses propres armes en exportant de la matière première sans valeur ajoutée contrairement à ce que l’on a coutume d’entendre.

Deux options s’ouvrent à la chine :

  • privilégier une politique protectionniste (sociale?) à l’image de celle que quelques politiciens préconisent en Europe. Cette politique pourrait prendre différente forme : taxation du lait importé, subvention du lait produit localement (une sorte PAC chinoise?) voir imposer purement et simplement de recourir aux producteurs locaux.
  • privilégier une stratégie industrielle. Dans ce cas la logique des industriels chinois n’étant pas fondamentalement différente de celle de leurs homologues occidentaux on imagine aisément l’issue.

Dans ce cas précis, la très grande importance apportée à tout ce qui touche au développement des enfants combinée aux scandales de la mélamine risque de complexifier l’analyse. Néanmoins il sera intéressant de surveiller la suite de cet épisode.

Nous allons donc brancher nos sondes pour suivre l’évolution de cet épisode, et tenir nos lecteurs informés.

PS : Le lait en poudre importé d’Europe serait d’un prix encore inférieur au lait néozélandais…